« Est-ce que je suis normal·e ? »
C’est souvent la première question qui apparaît lorsqu’on découvre une attirance sexuelle particulière. Un objet, une matière, une partie du corps, une situation, une tenue, une dynamique… Ce qui procure du désir peut parfois sembler tellement différent de ce que l’on imagine être une « sexualité normale » qu’il devient difficile de savoir où placer le curseur.
Et pourtant, avoir un fétiche ne signifie pas nécessairement qu’il y a un problème.
La vraie question n’est pas tant « Est-ce que mon fétiche est normal ? », mais plutôt : « Quelle place prend-il dans ma sexualité et dans ma vie ? »
Un fétiche, c’est quoi exactement ?
Dans le langage courant, on utilise le mot « fétiche » pour parler d’une attirance ou d’une excitation sexuelle particulièrement forte envers un objet, une matière, une partie du corps, une situation ou certains éléments spécifiques.
Il peut s’agir, par exemple, de chaussures, de pieds, de cuir, de latex, de sous-vêtements, de certains vêtements ou encore de certaines dynamiques relationnelles.
La diversité des objets et des situations qui peuvent participer à l’excitation sexuelle est immense.
Et surtout, ce qui excite une personne ne dit pas nécessairement quelque chose de pathologique sur elle.
La sexualité humaine ne se résume pas à une liste de pratiques considérées comme « classiques ». Elle comprend aussi les fantasmes, les scénarios imaginaires, les préférences, les jeux, les symboles et tout un univers de représentations propres à chaque personne.
Alors, quand faut-il commencer à s’interroger ?
Un fétiche devient surtout une source de questionnement lorsqu’il entraîne une souffrance importante, une perte de contrôle ou des conséquences négatives dans la vie de la personne.
Ce n’est donc pas forcément le contenu du désir qui doit nous alerter, mais plutôt la manière dont ce désir est vécu.
Quelques questions peuvent aider à faire le point :
- Est-ce que cela me fait souffrir ?
- Est-ce que j’ai besoin de cela pour avoir du désir ?
- Est-ce que cela prend toute la place ?
- Est-ce que cela met mes relations en difficulté ?
- Et si j’ai honte de ce qui m’excite ?
- Est-ce que cette attirance me procure du plaisir ou principalement de la souffrance ?
- Est-ce que je me sens libre de la vivre ou de ne pas la vivre ?
- Est-ce que je peux respecter mes limites et celles des autres ?
- Est-ce que mon fétiche reste une composante de ma sexualité ou devient-il envahissant ?
- Est-ce qu’il m’empêche d’avoir les relations que je souhaite ?
- Est-ce que ma honte vient de ce que je ressens ou principalement de la peur du jugement des autres ?
Fantasmer ne signifie pas forcément vouloir réaliser
Autre distinction essentielle : ce qui nous excite dans l’imaginaire n’est pas toujours ce que nous souhaitons vivre dans la réalité.
Un fantasme peut rester dans l’imaginaire. Il peut être excitant précisément parce qu’il se déroule dans un espace mental où les règles, les limites et les conséquences ne sont pas les mêmes que dans la vie réelle.
Vous n’avez donc pas nécessairement besoin de réaliser toutes vos excitations pour les « assumer ».
Et inversement, avoir envie d’explorer un fantasme ne signifie pas non plus qu’il faut absolument le faire.
Le consentement reste le véritable repère
Quelle que soit la préférence ou le fétiche, la question du consentement reste centrale.
Une sexualité épanouissante repose sur la possibilité pour chaque personne de dire oui, non, peut-être, pas maintenant ou finalement j’arrête.
Un désir personnel ne donne jamais automatiquement accès au corps ou aux limites de quelqu’un d’autre.
C’est aussi ce qui permet de différencier une préférence sexuelle, même atypique, d’une situation réellement problématique.
Alors, mon fétiche est-il inquiétant ?
Il n’existe pas une liste universelle de fétiches « acceptables » et d’autres qui seraient automatiquement inquiétants.
Ce qui mérite surtout votre attention, c’est la relation que vous entretenez avec ce désir.
L’objectif n’est pas forcément de faire disparaître votre fétiche.
Il peut simplement s’agir de comprendre la place qu’il occupe dans votre sexualité et de retrouver davantage de liberté dans votre façon de vivre celle-ci.
Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas :
« Est-ce que mon fétiche est inquiétant ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que je me sens libre avec ma sexualité ? »


